What The FakeDocumentation du risque numérique

Sujet 06 – Piratage de compte · Camille Mercier

Boîte mail piratée : comment le savoir en trois vérifications

Procédé documenté

Trois emplacements suffisent à établir un accès frauduleux, et aucun ne demande d’outil.

Un clavier d’ordinateur vu de très près en contre-plongée, les touches poussiéreuses, le bord inférieur d’un moniteur au-dessus (image générée par IA)
Un clavier de bureau photographié de très près et en contre-plongée, le bas du moniteur au-dessus, l’écran entièrement hors du cadre.Image générée par IA

Une boîte mail est le compte le plus sensible qu’une personne possède, parce qu’elle commande la réinitialisation de tous les autres. Un accès frauduleux y est aussi le plus discret : rien ne disparaît, rien ne change d’apparence.

Les trois vérifications ci-dessous se font depuis les réglages, en quelques minutes, et dans cet ordre. Elles répondent séparément à trois questions différentes : qui s’est connecté, ce qui a été détourné, et si l’accès peut être repris.

Le journal de connexion : qui s’est connecté

Le journal liste les appareils, les adresses et les dates. Une connexion depuis un pays où vous n’étiez pas, à une heure où vous dormiez, établit l’accès sans ambiguïté. Relevez les horodatages avant toute modification : ils datent l’intrusion, et c’est ce que demandera toute démarche ultérieure. Les sessions encore actives se ferment à distance depuis cette même page.

Les règles de transfert : ce qui a été détourné

C’est le procédé le plus courant et le moins visible. Une règle de copie laisse le courrier arriver normalement et en envoie un double ailleurs. Elle se pose en quelques secondes et elle survit au changement de mot de passe, ce qui explique pourquoi tant de comptes « récupérés » restent lus pendant des mois.

Où se cache une règle de transfert – schéma
Les quatre emplacements distincts où une règle de copie peut être posée dans une messagerie.

Quatre emplacements sont à ouvrir, pas un seul. Les filtres et le transfert automatique sont deux réglages différents, les alias reçoivent une copie sans rien déplacer, et une application connectée conserve son accès indépendamment du mot de passe.

V-1

Un filtre déplace ou copie le courrier vers une adresse inconnue.

Réglages, filtres et règles.
V-2

Le transfert automatique est activé vers une adresse tierce.

Réglages, transfert : un écran distinct des filtres, et souvent oublié.
V-3

Un alias ou une adresse secondaire a été ajouté.

Réglages du compte, identités et adresses.
V-4

Une application tierce dispose d’un accès complet à la messagerie.

Réglages de sécurité, applications et appareils connectés.

Les adresses de récupération : si l’accès peut être repris

Un attaquant sérieux remplace l’adresse et le numéro de récupération avant tout le reste. Tant qu’ils sont à lui, chaque réinitialisation que vous déclenchez lui revient, et la reprise de contrôle tourne en rond. Cette vérification passe souvent en dernier alors qu’elle conditionne les deux autres.

Le traitement complet du compte, une fois ces trois points établis, est décrit sur la page compte piraté : les signes et que faire. Pour savoir si l’adresse figure dans une fuite publiée, voir vérifier si une adresse mail a fuité.

Pourquoi la messagerie passe avant tout le reste

Une messagerie n’est pas un compte parmi d’autres : c’est la clé de tous les autres. Presque chaque service propose de réinitialiser un mot de passe oublié en envoyant un lien à l’adresse enregistrée, et cette adresse est celle-ci. Un accès à la boîte permet donc de prendre, l’un après l’autre, les comptes bancaires, commerciaux et sociaux qui s’y rattachent – sans jamais avoir eu à deviner un seul de leurs mots de passe.

C’est aussi ce qui explique la discrétion recherchée. Un attaquant qui veut exploiter cette position n’a aucun intérêt à se faire remarquer : il ne change rien de visible, ne supprime rien, et se contente de recevoir une copie. Le compte fonctionne normalement pendant des mois. La conséquence pratique est qu’il ne faut pas attendre un symptôme pour regarder ; la vérification se fait périodiquement, comme on relève un compteur.

Le cas des applications autorisées

Une application connectée conserve son propre jeton d’accès. Elle continue donc de lire la boîte après un changement de mot de passe, et même après l’activation de la double authentification, puisque le jeton a été délivré avant. C’est le point le plus souvent oublié d’une reprise en main, et le plus rentable pour qui veut durer.

La liste se trouve dans les réglages de sécurité, sous les applications et appareils connectés. Le critère de tri est simple : ce qui n’est pas reconnu se révoque, quitte à reconnecter ensuite une application légitime. Une révocation de trop coûte une minute ; une révocation manquante coûte le reste.

Après la vérification

Si les trois écrans sont propres, la boîte n’est probablement pas compromise, et une adresse apparue dans une fuite publiée ne change pas ce constat – ce sont deux questions distinctes, séparées sur vérifier si une adresse mail a fuité. Si l’un des trois montre quelque chose, la séquence complète est décrite sur compte piraté : les signes et que faire, et il faut relever les traces avant de nettoyer.

Questions fréquentes

Une règle de transfert se voit-elle dans la boîte de réception ?

Non, et c’est ce qui la rend efficace. Une règle de copie ne déplace rien : le courrier arrive normalement et un double part ailleurs.

Changer le mot de passe supprime-t-il la règle ?

Non. Une règle de transfert, un alias ajouté et une application connectée survivent tous les trois au changement de mot de passe. Ils se retirent séparément.

Que faire si le journal de connexion ne montre rien ?

Vérifier d’abord la période couverte : la plupart des fournisseurs ne conservent qu’entre 28 et 90 jours.

Un journal vide sur une période plus ancienne que cela ne prouve pas l’absence d’accès.